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Parmi les outils de « développement personnel » que l’on croise fréquemment sur internet ou dans la littérature sur l’orientation professionnelle, l’ikigaï s’est créé une place particulière ces 10 dernières années. Il semble en effet répondre à de nombreuses questions que nous nous posons : comment faire « à la fois » ce qui me plait, être utile, être payé.e correctement, le tout en restant dans ma zone de compétence ? La promesse est certes alléchante… mais est-ce vraiment possible, et même souhaitable de se lancer dans une telle quête ? 

Commençons par un petit détour aux origines de cet outil. Une clarification s’impose : le schéma avec les cercles que l’on trouve partout sur internet et dans les ouvrages de coaching et de développement personnes n’a en fait aucun rapport avec l’Ikigaï à l’origine (voir par exemple cet article : https://www.bbc.com/…/20170807-ikigai-a-japanese…). Ce schéma, appelé diagramme de Venn, a été créé par Andrès Zuzunaga, un auteur espagnol, en 2011. Il n’y avait alors aucun lien entre ce schéma et l’ikigai (on ne sait même pas si Andrès Zuzunaga connaissait l’ikigaï).

C’est un blogueur et conférencier anglais du nom de Marc Winn qui a considéré que le diagramme était une bonne représentation visuelle du concept d’Ikigai (voir ce article : https://ikigaitribe.com/ikigai/ikigai-misunderstood), qui avait par ailleurs été popularisé depuis 2001 par Akihiro Hasegawa, un chercheur et professeur d’université du Japon. Si vous lisez couramment le japonais, vous pouvez vous attaquer à cette étude qu’il a menée en 2003 sur les variations régionales dans la compréhension de la notion d’ikigai dans la population japonaise : https://www.researchgate.net/…/10600098_Regional…. Un joyeux méli-mélo donc, qu’il est important de connaître lorsque l’on souhaite s’appuyer sur un outil qui prétend nous aide à designer notre vie…

Ikigaï : un mot japonais très ancien

DU JAPONAIS 生き甲斐, IKIGAÏ
FORMÉ DE IKI, « VIE » ET DE GAÏ, « QUI VAUT LA PEINE ».

L’une des conséquences de cet imbroglio sur l’origine de l’Ikigaï, c’est que l’idée qui se perpétue est que l’on pourrait « atteindre » l’ikigaï (et le vrai bonheur) en remplissant ces quatre conditions. Or les quatre dimensions du diagramme ne sont pas les questions que les japonais se posent lorsqu’ils envisagent l’ikigaï. Si vous montriez ce diagramme de Vann à un japonais, il ne comprendrait pas le lien entre ce diagramme et l’Ikigaï.

L’Ikigaï est un concept aux multiples facettes que les japonais apprennent à comprendre à mesure qu’ils vivent et vieillissent. Ce n’est pas un méthode, ni quelque-chose que l’on peut se transmettre à partir d’un diagramme. Les sociologues qui ont interrogé des japonais sur leur vision de l’ikigaï (notamment dans l’étude de 2003 dont j’ai parlé plus haut) s’accordent plutôt pour dire que la vision la plus répandue est que l’Ikigaï se trouve dans la capacité à trouver la joie et l’harmonie dans les petites choses du quotidien.

Mais pourquoi ce diagramme de Venn a-t-il autant de résonance dans notre société ?

Ce diagramme est complètement immergé dans la vision occidentale de l’équilibre de vie et du bonheur. Il s’appuie en effet sur une série de postulats tacites, qui sont fortement présentes dans notre système de croyances :

  • Le bonheur est un « état » que l’on peut atteindre
  • Le bonheur est lié à la notion de « quête » : il faut le chercher… « en soi » ou « à l’extérieur ».
  • Cette quête est une démarche essentiellement individuelle.
  • Il existe un cadre (framework) universel pour atteindre le bonheur.

Nous sommes plus riches que nous ne pensons ; mais on nous dresse à l’emprunt et à la quête.

Michel de Montaigne

En effet, si vous portez en vous des croyances comme :

« Une société est en harmonie lorsque chacun se prend en main pour atteindre le bonheur »
« Si tu n’es pas heureux.se, c’est parce que tu ne t’en donnes pas assez les moyens »
« On ne récolte que ce qu’on sème »

Alors l’Ikigaï peut venir comme un appui dans votre démarche de quête existentielle. Mais est-ce la seule manière d’utiliser l’Ikigaï ?

L’Ikigaï au service du « design de vie »

Si l’on regarde bien le diagramme construit par Andrès Zuzunaga, on se rend compte qu’il permet de creuser un nombre important de sujets en lien avec notre bien-être : confiance en soi, estime de soi, rapport au changement, rapport à l’argent… et que les 4 cercles nous parlent de nos besoins : besoin de sécurité, de reconnaissance, d’équité / de justice, de contribution…

Une observation de cet outil depuis un point de vue systémique révèle qu’il présente de nombreuses qualités pour être un bon outil de « design » : il permet en effet de relier les deux dimensions du design : l’articulation des éléments « dans l’espace » (l’architecture à un instant T), et l’articulation des éléments « dans le temps » (la trajectoire, guidée par l’intention).

Dans la pratique du design de vie telle qu’elle est transmise par la permaculture humaine, l’ikigaï peut trouver sa place en tant qu’outil de connaissance de soi (identifier mes potentialités, reconnaître là où mes besoins sont comblés et là où ils ne le sont pas), mais aussi en tant qu’outil d’aide à la décision.Il s’agit au final, comme toujours avec la permaculture, de passer d’une posture « Anticipation / Contrôle » à une posture « Observation / Adaptation ».

Sur la dimension « connaissance de soi », le diagramme peut être utilisé pour faire un « tour d’horizon » de la façon dont nos besoins sont nourris à un moment de notre vie :

  • Qu’est-ce qui me connecte à ma zone d’enthousiasme aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce qui vient nourrir mon besoin de sécurité ?
  • Qu’est-ce qui vient nourrir mon besoin de contribution ?
  • Qu’est-ce qui vient nourrir mon besoin de reconnaissance ?

Sur la dimension « prise de décision », on peut combiner l’Ikigaï avec d’autres outils, comme la « carte des zones », qui permet d’affecter du temps / de l’énergie à nos activités, ou encore « l’échelle humaine de la permanence », qui permet de hiérarchiser les éléments de notre design en fonction de leur impact sur notre résilience personnelle. L’Ikigaï n’est alors plus un « endroit » à atteindre, mais plutôt un outil pouvant servir à repérer un déséquilibre à un moment donné, ce qui nous donne l’occasion de chercher à « ajuster ».

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